Je m'étais interdit de les voir sur scène à Munich. Je pouvais attendre. Je devais attendre. On allait se revoir, après. Il serait à mes côtés. &ça, ça n'avait aucune valeur. C'était comparable à rien. &j'me serrais sentie mal à un concert. Au milieu d'autres. &avec mon poignet tailladé. Ça ne l'aurait pas fait. On m'aurait cataloguée. Et puis ... non. Je n'étais pas comme elles. J'en été tellement ... persuadée... Tu vois, tu m'avais ancré cette idée dans la tête. Ton nom sur mon bras et cette idée dans ma tête.
« ♥ HOTEL OPERA. 00 : 00. La réception est au courant. Tom. »
C'est à cette heure-là que les étoiles commencent à apparaître.
Elles seront des dizaines devant l'hôtel Opéra.... Evidemment. C'était prévisible. Je n'ai pas osé entrer devant elles. Je me suis foutue avec elles dans leur pseudo-queue. Les attendant. Comme elles. Mais moi, j'avais ce secret, en plus.
Ils se sont pointés à 23 : 45. Avec l'option sourire sur leurs faces et l'option 'aaaaaaaa-danke-biiiiill-tooooom' en face d'eux... Ces scènes que j'avais déjà tant de fois vécues. Dans des seuls espoirs. Je la revivais, là. Autrement. J'étais bloquée là, devant.
Tu m'as vu. Tu m'as bloqué. Mais t'as pu rien faire. Parce que je t'étais inaccessible. INACCESSIBLE. &je riais silencieusement,
inconsciemment de cette situation.
Je t'attendais. Tu m'attendais. Chacun de nous le savais. Mais personne ne pouvais avancer. &là, ce n'était pas une question de 'qui-cédera-le-premier'.
J'étais à l'aise dans cette situation.
Mais je devais te retrouver.
Quand vous êtes entrés, elles sont parties. La plupart. Ils restent toujours des persévérantes. Je me suis barrée dans Munich côté nuit. Elles allaient rester là, de toute façon. Je ne voulais pas.
« - Jade, tu fous quoi là ?
- Y'a encore des filles.
- Et ben ? On s'en fout. Viens. T'es où là ?
- J'ne peux pas.
- Putain... Tu ne peux pas quoi au juste ?
- J'ne peux pas passer devant elles comme ça.
- Mais tu t'en fous ! ! T'es où ?
- Sur les quais de l'Isar.
- C'est juste à côté, je te rejoins.
- Tu .... »Merde. Il avait raccroché. J'me suis assise sur un banc. Je ne savais même pas comment il pouvait me retrouver. J'ai attendu là. &j'me suis endormie sur ce banc, au bord de l'Isar. Comme ... avant.
Avant.« - Mademoiselle. Mademoiselle ! »Cette voix qui m'a réveillée. Quand il faisait encore nuit. Quand il faisait toujours froid. &Quand j'étais encore là.
C'était un des gardes du corps des TH. J'étais un peu paumée. J'ai pas tout compris.
« - Tom est dans le van. Il t'attend. »J'ai tourné les yeux. Le van était bel et bien garé en double file. J'ai souris. C'était vraiment un obstiné.
Je me suis levée difficilement. Le froid m'ayant glacé. J'faisais pitié. A vrai dire. J'suis arrivée devant le van. Tom a ouvert la porte coulissante de l'intérieur. Derrière ses lunettes de soleil (inutiles à souhait), je me devinais dans ses yeux. Tandis que mes yeux, eux, transpiraient son image.
Lui.Lui
Il m'a adressé un sourire. Un seul &unique sourire. Pas un mot. Pas un geste. Sa seule image comme réconfort.
Dis-moi quelque chose. Libère-moi.
J'ai juste besoin de toi. Il n'aura rien dit.
On est arrivé par l'arrière de l'hôtel.
« - Tu fumes ? »Il m'a proposé une cigarette dans son paquet.
« - Ouais. Passes-en une. »Ma voix était éraillée comme jamais. Il m'a tendu son paquet pour que je pique une clope. Et j'ai tendu mon bras .. gauche. Il a vu les cicatrices, et son prénom. Il a attrapé mon poignet et a passé son doigt sur les reliefs de ma peau. Sur les reliefs de........
« - C'est joli... (Tom)
-Lache. (Jade)
- Lâche. (Tom)
- Joue pas comme ça. (Jade) »Il a lâché mon poignet et m'a passé l'attendue dose de nicotine. BESOIN.
Quand l'envie devient le besoin. Quand le besoin devient vital. Quand le vital devient mortel.
Entre deux bouffées j'ai pu sortir un
« Tu m'as ... manqué », un
« C'est indescriptible. » et un
« Je n'aime pas cette situation. ». « - On monte ? Y'a un balcon en haut, si tu veux fumer. (Tom)
- Plutôt si je veux voir les étoiles... (Jade)
- Ou si tu veux voir les étoiles en fumant. (Tom)
- Eventuellement. (Jade) »Il m'a pris la main et m'a emmené à l'intérieur de l'hôtel Opera.
Opéra,
n.m., ¼uvre d'art lyrique .... Il allait être le théâtre de ... nos c½urs.
Chambre 173.
« - Bienvenue dans notre chambre.
- ...
- Les autres ne sont pas au courant. Ils t'en veulent. Ils t'ont tout offert. Ils t'ont ouvert les bras. On t'a fait une place, Jade. On a tout fait pour toi. Juste pour toi. Toi qui es partie. Toi. Jade. L'unique, la seule. Ultime.
- Je comprends.
- Toi, tu peux t'offrir ce luxe. » [...]
Sa main me frôle pour la deuxième fois, la troisième, la quatrième, la centième. La centième fois. Nos mains se lient. Froidement ... Automatiquement. Cette force dans son regard, dans le mien. Dans ........ le nôtre. Ne me quitte pas, ne me quitte plus. Je te le promets. A l'éternité.
Nos mains liées, mon souffle dans son cou. Ses mains dans mon dos. Je ne te lâcherais pas. Plus. Jamais je ne pourrais te..
Mes mains dans ton dos. L'envie que mes ongles s'y plantent. Que tu ressentes ma douleur, au plus .. profond. De toi-même. Que ces cicatrices soient ancrées en toi comme en moi. Cette pointe. Ce sang. Cette encre.
Nous. Que je te refourgue cette haine. Cette piteuse haine. De toi. Mais de moi, essentiellement.
&surtout. &surtout mon amour, mon plus bel amour. Mon amour le plus .. souillé. Le plus marqué. Je veux que tu le reçoives à travers cette haine. Je veux que tu .... me comprennes. Sans mes mots. Juste à travers ces regards, ces actions.
Tu sais, comme je suis maladroite, Tom. Tu l'as compris. Je veux .. que tu décides de moi. Que tu me guides, que tu me ruines, que tu me détruis. Que tu me protèges. Que tu ... m'aimes. Oui, que tu m'aimes.
Ton souffle court. Je ne pleurerais pas, pas cette fois. Plus maintenant. Je suis .. à toi. Uniquement. Seulement.
Ta main frôle pour la deuxième fois, la troisième, la quatrième, la centième fois mon visage. Tu relèves mon menton. Que nos regards se fixent. Ton regard de compréhension me bouffe, me tue. Tu ne comprends rien, Tom. Rien. Tu n'as jamais rien compris. Tu dégages une mèche de mon visage. Tu me fixes. Je te fixe. Nous nous fixons.
Tu rapproches mes hanches des tiennes. Puis tes mains supportent mon visage. &nos lèvres se lient.
Mon c½ur bat dans tes veines. Mon c½ur. Tes veines. Je veux te les percer. Je veux que tu comprennes.
Touche mes cicatrices, une nouvelle fois. Une dernière fois.
Je t'aime, Tom. Plus que tu ne le crois. Plus que tu ne le prétends. Tu es tout ce qu'il est. Tu es tout ce que je suis. Jamais personne n'a compris. Jamais personne ne comprendra. Pas même toi. Pas même TOI.
Embrasse-moi une nouvelle fois, une autre fois. Be mine.